Oh my Gode! Dykes on my TV!

Le blog d'etudes sur la visibilité lesbienne sur les petits écrans. Et notamment le traitement des questions de genre dans la série The L Word

14-04-07

La fiction : ses ressorts et ses contingences

Depuis l'instauration de quotas de programmes français sur les chaînes nationales et la naissance des chaînes cryptées, le paysage audiovisuel s'est vu transformé. La fiction écrite pour la télévision remplace de plus en plus la diffusion de films de cinéma sur nos petits écrans. Téléfilms, séries, feuilletons, la fiction dans tous ses états est en large compétition avec la réalité, la fameuse télé-réalité de Loft Story et consorts…

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Les programmes ont changé car le public a changé, avec la démocratisation de la télévision, entre 1960 et 1970. La fiction est alors devenue un vecteur de messages, un outil d’information. Et du film cinéma précédant Les Dossiers de l’Écran, et ouvrant le débat, on est passé au téléfilm abordant un fait de société et incitant, en soi, à la réflexion. C’est ainsi que dès les années 1990, les chaînes de télé ont décidé de consacrer certaines soirées en prime time (heure de grande écoute, aux alentours de 20h50 selon les chaînes) à la fiction.

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[1] TF1, en tant que chaîne de télévision privée, à l’instar du plus grand nombre de chaînes télé en France, ne vit que des revenus de la publicité, qui sont d’autant plus élevés que la chaîne est regardée.

 

[2] Dossier - Scenario-mag.com http://www.scenario-mag.com

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La série-télé : quand le genre mineur prend du galon

Les séries télés se sont vite installées sur nos écrans tricolores, elles furent pour la plus grande majorité, dès les années 70, - et le sont encore - états-uniennes. Des premières séries de l'ORTF aux séries d'aujourd'hui, le genre est passé de « la popularité à l'opprobre, de l'admiration au mépris » comme le dit Martin Winckler[1].
Avant l’instauration de quotas sur le nombre minima de programmes français[2], la culture télévisée française se trouvait calquée sur la culture des Etats-Unis. Ces quotas sont établis à un seuil minimum de 40% pour les œuvres d'expression originale française tant sur le volume que par catégories d'émissions, soit 40% de longs métrages, 40% de fictions télé et 40% de la programmation destinée à l'heure de grande écoute.
Les premières séries et feuilletons pour lesquels  la France s’est montré prolixe ont toujours été policières. Maigret[3],Les 5 dernières minutes[4], avant Navarro[5], Julie Lescaut[6] et consorts se sont frottés aux Drôles de Dames[7], à Magnum[8], Chips[9], Les Rues de San Francisco[10], Columbo[11], etc…
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Évidemment, ce n'est pas au cours de ces sagas, aux ressorts ancestraux que des débats de société sont clairement abordés, ce n'est pas le lieu. Pourtant, il est à noter et à saluer la saga de l’été de France 2, cuvée 2005, 3 femmes un soir d’été[16], abordant la transsexualité d’une de ses héroïnes qui fut d’abord un héros violé par ses équipiers de rugby en pays gersois ! On ne peut pas non plus oublier de citer Une famille formidable[17], saga à succès durant plusieurs années qui suit l’évolution d’une famille dont le fils est homosexuel. Fils que l’on a accompagné dans sa découverte de l’homosexualité, de son coming-out* pour le suivre dans sa vie d’adulte.

La série télévisée est un genre télévisuel du domaine de la fiction, proche du feuilleton, mais qui en diffère par quelques points. En effet, la série n’est pas une histoire découpée en épisodes. La série a pour principe de base de produire à chaque épisode une histoire compréhensible par elle-même.
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La série télévisée prend de plus en plus de place sur nos écrans comme genre de fiction, parce qu'elle permet deux choses : d'une part, une accroche possible à n'importe quel épisode, d'autre part, une mise en suspens d'une trame longue qui incite le téléspectateur à revenir voir la suite. Un épisode seul peut remplacer un téléfilm court de série B, la série dans son entier permet aux spectateurs d'avoir des héros qu'ils retrouvent et de participer à un monde en évolution.

De Dynastie[20] à Six Feet Under[21], tous les publics ont leur série culte, toutes les classes d'âge, de sexe et sociales sont ciblées. « La relation que les téléspectateurs entretiennent avec le petit écran est faite d'habitudes, de rituels, de régularité. Le feuilleton et la série permettent de jalonner la journée ou la semaine d'une suite de rendez-vous réguliers avec le public et d'introduire ainsi un ordre dans le flux télévisuel. »[22]

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Les critiques de ce genre de divertissement soulignent que la série TV n'est qu'un moyen de plus d'asservir le citoyen lambda. L'objectif étant de le « scotcher » devant son téléviseur par des moyens déloyaux : l'accroche scénaristique et l'histoire sans fin grâce aux techniques modernes de réalisation. Les séries télévisées comportent des séquences à fort suspense permettant d'insérer une publicité qui sera regardée par le spectateur sous dépendance télévisuelle (ou TV-addict en anglais), car il ne veut pour rien au monde rater la reprise de l'épisode et le dénouement du suspense. Pour ce faire tous les moyens sont bons et souvent les séries se munissent de plusieurs ingrédients (humour, amour, intrigue, complot, trahison, onirisme, beauté, argent, « monde parfait », drames, etc.) pour fidéliser leur public.

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Il est intéressant de s'interroger sur les raisons de la domination du genre par les Etats-Unis, comme l'explique Martin Winckler, les séries états-uniennes « repoussent sans cesse les limites du genre. Parce qu’elles sont faites par des personnes qui ont grandi avec la télé et qui sont fières d’y travailler car - grand avantage aux États-Unis - celle-ci n’est pas considérée comme un art mineur. Elles ont vu les séries d’il y a vingt ans, les ont aimées et veulent faire mieux. Et on leur en donne les moyens ! Parce qu’il faut que le public regarde.» [45]

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C'est pour toutes ces raisons que le public adepte de fictions se tourne naturellement vers le câble et les chaînes à péage, plus audacieux et moins censeurs. D'ailleurs, concernant les programmes gays, il est évident que Canal + a ouvert la voie (dès juin 1995, avec sa Nuit Gay les veilles de Gay Pride), permettant ainsi à une chaîne comme Pink TV de voir le jour, car les éventuels partenaires financiers n'ont pu que constater l'audience des programmes gays diffusés sur Canal. Ce n'est pas pour rien que ce sont ces deux chaînes qui, en parallèle, diffusent The L Word dès juin 2005.


 

[1] WINCKLER, (M), 2005, Séries télé, Paris, Librio, Repères, 125 p., p10.

[2] Aux termes de l'article 27 de la loi du 30 septembre 1986 modifiée et des articles 7, 13 et 14 du décret n°90-66 modifié, les chaînes sont tenues de diffuser au moins 60 % d'œuvres cinématographiques et 60 % d'œuvres audiovisuelles européennes d'une part, au moins 40 % d'œuvres cinématographiques et 40 % d'œuvres audiovisuelles d'expression originale française d'autre part. Ces proportions doivent être atteintes tant sur l'ensemble de la diffusion qu'aux heures de grande écoute.

[3] Maigret, France, 1967-1990 & 1991 –  

[4] Les Cinq Dernières Minutes, France, 1974-1975, 1975 – 1996.

[5] Navarro, France, 1989 –  

[6] Julie Lescaut, France, 1992 –  

[7] Charlie's Angels, E-U, 1976 – 1981.

[8] Magnum P.I., E-U, 1980 – 1988.

[9] Chips, E-U, 1977 – 1983.

[10] The Streets of San Francisco, E-U, 1972 – 1977.

[11] Columbo, E-U, 1968 - 1978 & 1989 –  

[12] Les Cœurs Brûlés, France, 1992.

[13] Terre Indigo, France, 1996.

[14] Le Bleu de l’Océan, France, 2003.

[15] Le Miroir de l’Eau, France, 2004

[16] 3 Femmes un Soir d’Eté, France, 2005.

[17] Une famille formidable, France, 1992, 1994, 1996, 2000, 2002, 2006, …

[18] Buffy, the Vampire Slayer, E-U, 1996-2003.

[19] The X-Files, E-U, 1993 – 2001.

[20] Dynastie, E-U, 1981 - 1989

[21] Six Feet Under, E-U, 2001-  

[22] CHANIAC, (R), Les feuilletons et les séries, une forme privilégiée de la télévision, Cahiers du Comité d'histoire de la télévision, n°5, décembre 2001.

[23] Ally MacBeal, E-U, 1997 -2002.

[24] Bonanza, E-U, 1959 – 1973.

[25] Wild Wild West, E-U, 1965 – 1969.

[26] Star Trek, E-U, 1966 – ce jour (différentes versions)

[27] The Fugitive, E-U, 1963 - 1966

[28] The Man from U.N.C.L.E., E-U, 1964 – 1968.

[29] Mission : Impossible, E-U, 1966 – 1973.

  [30] Starsky & Huch, E-U, 1975 – 1979.

[31] Miami Vice, E-U, 1984 – 1989.

[32] Moonlighting, E-U, 1985 – 1989.

[33] Sex and the City, E-U, 1998 - 2004

[34] Emergency Room / ER, E-U, 1994 –  

[35] Queer as Folk, version G-B : 1999 – 2000 , version E-U : 2000 – …

[36] Friends, USA, 1994 – 2004.

[37] My so-called life, E-U, 1993 – 1994.

[38] Dawson's Creek, E-U, 1998 – 2003.

[39] Once and Again, E-U, 1999 – 2002.

[40] 24, E-U, 2001 – 

[41] The Sopranos, E-U, 1999 – 

[42] C.S.I.: Crime Scene Investigation, E-U, 2000 - 200...

[43] Without a Trace, E-U, 2002 - 200...

[44] Dead like me, E-U, 2003-200...

[45] WINCKLER, (M), 2005, « On est les plus mauvais d’Europe », Fiction. Regard engagé à travers la fiction sur la télé, la radio et Internet, L'Humanité, édition du 26 février 2005.

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Premiers pas roses à la télé

Autrefois, de l’origine de la télé aux premiers balbutiements de la télé couleur, pour parler d’un sujet sérieux ou grave, des journalistes animaient une émission dans un décor austère et réunissaient des sommités dans le domaine choisi. L’émission Les dossiers de l’écran est une référence du genre, et par exemple, une première fois en 1975, pour aborder l’homosexualité, son présentateur recevait Jean-Louis Bory afin d'aborder ce « douloureux problème » selon la formule consacrée par Ménie Grégoire au cours de son émission radio[1].
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L’émission n’aura d’autre intérêt que d’avoir abordé le sujet et d’avoir permis à Jean-Louis Bory de faire une déclaration qui est entrée dans l'histoire de la représentation homosexuelle à la télévision : « Il y a une réalité homosexuelle et si je suis là, c’est parce que l’homosexualité existe. Je n’avoue pas que je suis homosexuel, parce ce que je n’en ai pas honte. Je ne me proclame pas homosexuel, parce ce que je n’en suis pas fier. Je dis que je suis homosexuel parce que cela est ».
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Dans les années 1970, on parle de l'homosexualité à la télé, mais pas forcément de manière flatteuse, « la folle » est encore le cliché le plus utilisé mais le débat est enfin ouvert.  Cependant, la visibilité lesbienne est encore très insignifiante et il faut attendre 1977, pour qu'Elula Perrin, suite à la parution de Les femmes préfèrent les femmes[3] soit invitée à l’émission L’huile sur le feu de Philippe Bouvard. Là, elle « défend » et assume la cause lesbienne contre tous les clichés machistes et misogynes qui lui sont opposés suscitant un retentissement positif dans la presse du lendemain (notamment Claude Sarraute dans Le Monde).

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En 1983, la France découvre le Sida, on ne sait pas encore grand chose à cette époque, mais 7 sur 7 (première version présenté par J. Lanzi) parle du « cancer homosexuel ». La communauté homosexuelle est affreusement touchée par le SIDA, les gays culpabilisent. Retour aux visages cachés, au tabou. La télé des années 83/85 fera d'énormes dégâts dans l'image qu'elle donnera des gays. La sympathique « folle » des années 1970 devient un individu aux mœurs et mode de vie pervers. Coupable et victime...
Les gays sont « persona non grata » sur le petit écran et il en va toujours de même pour les lesbiennes…
Les années 1990 vont voir les lesbiennes entrer timidement dans la petite lucarne par le biais d'émissions de Mireille Dumas et Jean-Luc Delarue.
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Cette production de films ayant l’homosexualité pour sujet s'accompagne d'une diffusion à heure de grande écoute, le sacro saint prime-time*. C'est une véritable avancée des mentalités à laquelle le débat sur le PaCS a largement contribué, maintenant les gays, considérés comme une cible, sont aussi bienvenus à la télé pour doper l'audience. Les gays, oui… mais les lesbiennes…? Aussi, dès qu’il s’agit de parler de famille, enfants, plus consensuel en cette matière, le couple lesbien donnerait une image positive de l’homoparentalité.


 

[1] L'Homosexualité, ce douloureux problème - 10 mars 1971 – présenté par Ménie Grégoire en direct de la salle Pleyel à Paris - Emission qui fut, malgré elle un des actes fondateurs du mouvement homosexuel militant français. C'est en effet dans sa foulée que s'est fondé le FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire), en gestation depuis 1968.
[2]  Les Amitiés particulières, de Jean Delannoy, avec Michel Bouquet, Didier Haudepin, Louis Seigner, 1964, 1h 40.

[3]  PERRIN, (E), 1977, Les femmes préfèrent les femmes, Paris, Ramsay.

[4] Tous les papas ne font pas pipi debout, de Dominique Baron, avec Natacha Lindinger, Carole Richert, Marina Vlady, Corentin Mardaga, 1998, 1h30. 

[5] Juste une question d'amour, de Christian Faure, avec Cyrille Thouvenin, Stéphan Guérin-Tillié, Eva Darlan, 2000, 1h28

[6] Des parents pas comme les autres, de Laurence Katrian, avec Louise Monot, Élisabeth Bourgine, Lucas Bonnifait, 2001, 1h30.

[7] L’Instit, France, 1993 - …

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L'apprentissage du décryptage

Pour comprendre la pauvreté de représentations de l'homosexualité tant masculine que féminine à la télévision, il faut jeter un œil au cinéma qui fut longtemps la source fictionnelle privilégiée du petit écran.
L'excellent film The Celluloid Closet[1] nous montre même un extrait de film expérimental réalisé par Thomas Edison en 1895 dans lequel deux hommes dansent ensemble. Une image rare pour nos yeux d'aujourd'hui si imprégnés de la politique Hollywoodienne des années 1930 à la fin des années 1960...

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« Les homosexuel/les ont une longue tradition de décryptage. L'habitude de capter un regard, un geste, une allusion fugitive qui dirait peut être… L'habitude de guetter les sous-entendus… Toute une quête qui mime le décryptage que la clandestinité impose. »[3]

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Pourtant le cryptolesbien* et le cryptogai[4] ne disparaissent pas, les allusions continuent en subtext* d'un côté de l'écran et le décryptage de l'autre côté!

Alors des générations de lesbiennes cinéphiles et téléphiles ont décelé des allusions saphiques là où nul autre n'aurait pu les imaginer… Ces trouvailles étaient à la mesure des efforts de recherche, du besoin d’identification, de représentation que ressent tout un chacun et qui fait trop souvent défaut aux « minorités » que l’on néglige de représenter, les privant en quelque sorte du droit d’exister, en leur confisquant le droit à l’image. Sinon comment expliquer que Thelma et Louise[5] Beignets de Tomates Vertes[6] perçues comme de très belles histoires d'amitié par la majorité des spectateurs, aient trouvé leur place dans les rayons vidéo des librairies homosexuelles, mis à par le fait qu'elles représentent des symboles forts d'autonomie féminine?
A la télé, on s'en est aussi longtemps tenu à ce décryptage pour trouver chez Wonderwoman un comportement d'amazone faisant d'elle une icône de la culture gaie et lesbienne.
 

Longtemps, les lesbiennes ont chassé, pisté, traqué le moindre soupçon de lesbianisme à la télé pour trouver en cette lucarne magique le reflet de ce qu’est supposé être notre société! Quid de ces 5 à 10 % présumés d'homosexuels dans le monde sur les milliards de points luminescents de mon écran télé? Impossible que ces 5 à 10% de la population soient à ce point absents d'une lucarne censée refléter le monde…


[1] The Celluloid Closet, de Robert Epstein & Jeffrey Freidman avec Lily Tomlin, Tony Curtis, Susan Sarandon – G-B, F, A, E-U, 1995, 1h 41.

[2] Ben-Hur, de William Wyler, avec Charlton Heston, Jack Hawkins, Stephen Boyd, 1959, E-U, 1h52.

[3] RAMBACH, (A&M) La culture gaie et lesbienne, 2003, Fayard, Paris, 421 p., p.344-345.

[4] Ibidem, p.343

[5] Thelma et Louise, de Ridley Scott, avec Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, E-U, 1991, 2h09.

[6] Beignets de Tomates Vertes, de Jon Avnet, avec Jessica Tandy, Mary Stuart Masterson, Kathy Bates, E-U, 1991, 2h10.

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La crypto-lesbienne

La crypto-lesbienne est une lesbienne décryptée par les spectateurs concernés, c’est la plus présente et la plus intrigante de ces apparitions lesbiennes télévisuelles. Elle reste et marque par son invisibilité qui crève l’écran ! Elle n'est pas décrite comme lesbienne, et pourtant par certains aspects de sa vie ou de son comportement, le public gay & lesbien, plus particulièrement, voit en elle une lesbienne potentielle.

 

On a évoqué Beignets de Tomates Vertes et Thelma & Louise, vient ici le tour de nos héroïnes télévisées dans leur placard.

 

Elles ont été quelques unes à éveiller des soupçons chez un public traquant le moindre indice de « lesbiennetitude ». Evidemment femmes indépendantes, dans l'action, les héroïnes de séries policières ont déchaîné des passions chez les lesbiennes à l'instar de Sabrina Duncan, détective privée au sein de l'équipe des Drôles de Dames, employées par le mystérieux Charly.

 

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Pourtant il est un fait avéré que Cagney était une lesbienne dans l'âme, reconnue par ses pair(e)s, elle prouvait qu'on pouvait être ferme, efficace et lesbienne. Elle était imparfaite (contrairement aux Drôles de Dames), avait une vie affective mouvementée, un problème de dépendance à l'alcool, était forte et avait les idées bien arrêtées, Sharon Gless une des trois actrices (celle ayant tenu le rôle le plus longtemps) nuance d'ailleurs : « Non, le personnage n'était pas "gay", mais Chris Cagney devint un modèle pour les jeunes femmes, homos et hétéros. »[1]

 

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Il faudra ensuite attendre 1995 pour assister à nouveau à un tel culte avec l'actrice Lucy Lawless qui incarna Xéna dans la série éponyme Xéna la Guerrière[2], série mythologico-fantasy dans laquelle une puissante guerrière autrefois à la tête d'une armée redoutable et malfaisante, sort de ce passage noir et sanglant, grâce à sa rencontre avec Hercule.

 

 

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Ainsi si Xena était une lesbienne tout du long, pourquoi les badineries entre elle et Gabrielle ? Peut-être le subtext lesbien était-il tout à fait suffisant. Peut-être l'amitié et la dévotion entre Xena et Gabrielle n'ont pas eu besoin de plus amples explications. Peut-être ces personnages ont démontré qu'il y a beaucoup plus à l'amour lesbien qu’uniquement le sexe.

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 C'est la première série dans laquelle deux femmes s'expriment leurs sentiments de manière si directe, il est cependant à noter et à déplorer que la version française ait subi des « transformations » de censure au cours desquelles des phrases ont été modifiées de manière à masquer la relation qui unit les deux femmes.

 

Il n'en reste pas moins qu'on n'avait jamais, dans une série, présenté une héroïne et sa compagne (de route, d'aventure, de vie…) avec un tel lien qui les unira jusque dans la mort.

 


 

 

[1] Interview de Meg Allen pour 365Gay.com TV -http://tampabaycoalition.homestead.com/files/314QasFPFLAGPosterMom.htm

 

 

[2] Xena, The Warrior Princess, E-U, 1995 – 2001.

 

 

[3] Interview de Lori Medigovich pour le Lesbian News - http://www.lesbiannews.com/archives/03_01.html

 

 

[4] Interview de Lori Medigovich, Op. cit.

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Le côté obscur de « la lesbienne »

Hormis les exemples crypto-lesbiens on a pu voir quelques lesbiennes occuper l'écran mais au cours d'une histoire racontée dans le cadre contraignant d'un genre télévisé populaire, comme une série policière.

Remarquons que les personnages de lesbiennes qui ont commencé à hanter nos écrans, étaient souvent synonymes de vices ou de mauvaises intentions, et il arrive qu'on les retrouve encore dans les séries policières sous forme d'accusées/victimes pathétiques abusées par une maîtresse manipulatrice ou bien victimes mortes dès les premières minutes (brève apparition sur nos écrans désolés…) ou encore criminelles souvent sanguinaires (à l'instar des meurtrières au pic à glace de Basic Instinct[1] ou à la dentition féroce de Amours mortelles[2] pour le cinéma!).

Ce fut le cas notamment dans un épisode de la série Femmes de loi[3], sur TF1, dans l'épisode « Intime conviction » au cours duquel le meurtre d'une jeune lesbienne entraîne le procureur Brochène et le lieutenant Balaguère dans une sombre histoire de manipulation où l'homosexualité féminine est apparentée au vice et au mensonge. Il est difficile de retrouver les traces exactes de ces passages fugitifs lesbiens sombres mais il semblerait que le policier soit à ce jour le genre le plus approprié en France pour montrer des lesbiennes.

Ces séries souvent de piètre facture, n’ont pas laissé de souvenir précis quant à eux-mêmes mais ont malheureusement contribué à renforcer une image sombre de l’homosexualité féminine que le cinéma Hollywoodien avait déjà bien établi.


 

[1] Basic Instinct, de Paul Verhoeven, avec Michael Douglas, Sharon Stone, Jeanne Tripplehorn, E-U, 1992, 2h10.

[2] Mercy, de Damian Harris, avec Ellen Barkin, Stephen Baldwin, Marshall Bell, E-U, 1999, 1h53.

[3] Femmes de loi, France, 2002 – 2005.

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« La lesbienne » fugace et floue au fond à gauche de l'écran

L'intrigue de toute fiction mettant en scène une lesbienne doit d’abord se concentrer sur la vedette hétérosexuelle et ensuite vient son interaction avec le personnage lesbien.

S’il faut attendre la fin du millénaire pour que des personnages récurrents de lesbiennes un peu moins sombres viennent nous visiter de manière plus fréquente, elles n’en restent pas moins des personnages de second-plan.

La série Urgences apparaît en figure de proue avec dans deux saisons différentes une interne, puis une chef de service, lesbiennes, dont on assistera aux déboires et démêlés sentimentaux au même titre qu'à ceux des autres protagonistes. Dans la première saison d’Urgences, Carter veut sortir avec le docteur Maggie Doyle qui lui confie rapidement et naturellement qu'elle est lesbienne et ainsi lui signifie lapidairement que son entreprise de séduction est vaine.

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On les voit même fonder une famille avec la venue de leur enfant, conçu par Procréation Médicalement Assistée et porté par la compagne de Kerry Weaver. Mais pour rejoindre le coté obscur du destin lesbien, la jeune femme meurt en mission et Weaver se voit en outre confisquer l’enfant par sa belle-famille…

On en revient donc à l’attitude qui consiste à rassurer le grand public de doter la « pécheresse » d’un destin particulièrement cruel qui rejoint les morts foudroyantes des lesbiennes du cinéma d’Hollywood durant la chasse aux sorcières tribades de Hayes. On ne peut encore là que s’attendre au châtiment divin pour tous ces pêchés perpétrés par ces perverses.

De manière plus optimiste, observons le processus de normativisation* qui va faire faire un bond en avant aux « télé-lesbiennes »! Buffy contre les Vampires, Friends, Nip-Tuck[1], autres séries grand public (dont Buffy qui s'adresse plus particulièrement à un public ado) mettent en scène des lesbiennes qui certes sont toujours au second plan de l'histoire mais qui sont là à chaque épisode.

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Même le commissariat de la série policière PJ[2] s'est doté d'une capitaine, lesbienne. Pour autant il ne faut pas s'attendre dans les séries françaises aux quelques effusions auxquelles Buffy nous a habitués. Pour ce qui est de PJ, la relation entre les deux collègues n'est « visible » que lors de deux épisodes. Visible est un bien grand mot car le seul baiser qu'elles échangent sous l'œil de la caméra n'est pas montré, on l'entend, juste.

Il serait injuste de classifier Friends parmi ces séries, sans y ajouter de commentaires. Il faut dire que malgré le fait qu'aucun de ses personnages principaux ne soit lesbienne, la série aborde tout de même et de manière récurrente le sujet par l'entremise de Carol, l'ex-femme de Ross.

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Après d'infructueuses tentatives de lui faire préférer un G.I. Joe (« le jouet qui protège les intérêts pétroliers américains partout dans le monde » - sic), Monica, sa sœur lui rappelle que, petit, Ross aimait porter les vêtements et bijoux de sa mère et jouer à la dînette, ce qui ne l'a pas empêché de devenir un garçon viril et straight, adressant là un message de refus de vision normative de l’identité sexuelle.

 


 

[1] Nip-Tuck, E-U, 2003 - …

[2] PJ, France, 1997 - …

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L’expérience lesbienne

L'allusion lesbienne vient aussi de temps à autre s'installer dans des séries grand public comme un test, une expérience, un essai non concluant, renvoyant l’héroïne à son hétérosexualité chérie du grand public. Cette expérience confère à l'héroïne et à la série un aspect un tantinet libéré mais restant tout de même acceptable aux yeux de tous.

Caroline, une des héroïnes de Sous le Soleil, aura le temps d'un épisode une aventure avec une journaliste, lesbienne – fem, mais l'histoire tourne vite court car Caroline se « réveille » en quelque sorte et ferme aussitôt la parenthèse lesbienne de sa vie.

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En fait, il s'agit souvent d'un moment d’égarement, dans un instant de faiblesse la femme hétérosexuelle a cédé à la tentation de vivre une aventure lesbienne. L’éphémère relation s’ensuit très vite de regrets de «je n’aurais pas dû…» et de «c’était une erreur…» et tout est bien qui finit bien, l’hétérosexuelle reste hétéro ou le redevient bien vite…  Ouf…Et s'il s'agissait de deux femmes hétérosexuelles, après avoir tenté l’aventure comme une expérience, celle-ci s'avère non concluante qui les ramène très vite dans le droit chemin…

Dans un cas comme dans l'autre la « morale » est sauve!

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« Yep! I’m Gay ! »

Queer as Folk, la série Etats-unienne, tirée de la série Britannique éponyme est le premier programme diffusé, dès 2000, dans le monde entier à présenter au public un groupe de gays trentenaires et à montrer leurs vies, leurs amours, leurs joies et leurs peines. Un couple de lesbiennes au sein duquel sont nés deux enfants conçus en co-parentalité avec des héros est présent dans la série.

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En fait, c'est la première fois qu'on atteint un tel niveau de visibilité lesbienne dans une série. 

 

« Yep ! I’m gay. » Voilà le cri, soulagé, qu'entendront les oreilles de l’Amérique entière en 1997. Ellen de Generes est, depuis quatre saisons, la star de sa sitcom Ellen[1], diffusée sur ABC. L'audience de la série est chancelante. Parallèlement l'actrice souhaite faire son coming-out. Alors elle imagine de combiner ces deux situations anxiogènes et d'y trouver une solution commune.

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Rétrospectivement, connaissant le franc succès de la « real tv » dès la fin des années 90 et des émissions de confessions où le spectateur/voyeur entre dans la vie, l'intimité de l'autre, l’approche apparaît comme une évidence. « Vendre » un personnage gay au premier plan dans une nouvelle série, faire faire son coming-out à un personnage installé, qui est devenu familier, tire sur la même corde que la découverte de l’homosexualité d’un membre de sa famille. L’intimité, l’amitié et l’amour font qu’il est d’autant plus facile de comprendre et d’accepter. Qu'en plus ce coming-out soit associé à celui de la vedette qui l'incarne, quand on connaît le succès de la presse à « gossips », rien de plus naturel qu'un engouement des curieux, des scandalisés, des concernés. Malgré sa diffusion plus tardive et un panneau d’avertissement, en tant que programme susceptible de choquer, « The Puppy Episode » est un franc succès et la sitcom chancelante se voit renouvelée par la chaîne pour une saison, qu'importe les réactions outrées à l'instar de celles qui renommèrent l'actrice Ellen DeGenerate! A noter que les annonceurs avaient menacé la production de se retirer si le personnage d’Ellen devenait lesbienne.

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Une fois l'onde de choc passée, la série, classifiée « gay » et donc diffusée à un horaire plus tardif, retombe à nouveau dans le désamour. Mais ce qu'il en reste aujourd'hui, c'est qu'après une foule de lesbiennes secondaires, perdues au sein d’un ensemble, en mal de reconnaissance, aux vies clandestines en psychodrame, Ellen, la trentenaire pas plus psychodramatique que d'autres s'est imposée comme le premier personnage principal homosexuel d'une série télévisée.

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Brigade Spéciale[2], une série policière française a mis en scène un tandem féminin de policières, dont le Commandant Lauren Valmont, « profileuse » états-unienne, fumant le cigarillo, résolument célibataire. Elle n'est pas à proprement parler ouvertement lesbienne, quelques bribes d'échanges (comme «Tu sais, les hommes c'est pas vraiment mon truc.») avec sa collègue l'expriment peu à peu. On ne peut que ressentir qu'il règne cependant une certaine tension érotique entre les deux femmes, un jeu de séduction entre deux co-équipières peu courant dans ce genre de séries.

Brigade Spéciale, constituée de quatre volets, a été diffusée sur TF1 entre 1999 et 2001, c'est dire si les épisodes ont été espacés dans le temps. L'expérience s'est arrêtée là. Serait-il encore difficile pour la télévision française de montrer au grand public une héroïne lesbienne?

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Comme on l’a vu ici, la télévision française a longtemps pratiqué la politique de l’autruche face à la réalité homosexuelle, en feignant d’ignorer jusqu’à son existence, le chemin a été long semé d’embûches et truffé de voie sans issue avant d’être enfin prête à représenter ces 5 à 10% de la population trop longtemps négligés…


 

[1] Ellen, E-U, 1994 – 1999.

 

[2] Brigade Spéciale, France, 1999 - 2001

 

[3] Tipping the Velvet, G-B, 2002, en 3 parties, 2h57.

 

[4] Bad Girls,G-B, 1999 - … 

 

[5] Verbotene liebe, All., 1995 - …

Posté par Vero72 à 23:54 - LES LESBIENNES ET LA TELEVISION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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