Oh my Gode! Dykes on my TV!

Le blog d'etudes sur la visibilité lesbienne sur les petits écrans. Et notamment le traitement des questions de genre dans la série The L Word

14-04-07

Le Sexe Biologique

Le sexe fait référence aux différences biologiques existant entre les femmes et les hommes.

C'est la dimension biologique, physique, génétique ou encore anatomique de l’identité sexuée d’un individu, selon les scientifiques qui usent de ces termes avec de plus en plus de précautions tant la catégorisation est difficile à établir selon que l'on se réfère aux gênes, hormones, corps, etc. ou au tout.

L’individu est homme ou mâle si son corps possède des testicules, un pénis nettement plus grand qu'un clitoris, plus de testostérone que d'œstrogènes et les chromosomes XY.
L’individu est femme ou femelle s'il possède des ovaires, un clitoris nettement plus petit qu'un pénis, plus d'œstrogènes que de testostérone et des chromosomes XX.

Les exceptions à la règle existent, on parle alors d'intersexuation (ou, de façon erronée, d'intersexualité; erronée dans la mesure où il ne s'agit pas de sexualité, c'est-à-dire de comportement sexuel). Les possibilités d'intersexuation sont d'ailleurs très nombreuses (rien que dans le domaine des variations génétiques, on en compte plus de 400), et plus fréquentes qu'on ne le croit. En effet, certains chercheurs estiment qu'un bébé sur 400 ne naît pas XY ou XX.

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Le problème que sous-tend le sexe biologique aujourd'hui, c'est qu'au lieu d’être vu comme une particularité parmi d’autres, le type de sexe physique est partout considéré comme un élément fondateur des identités individuelles et de l’ordre social. Ce qui déjà, apparaît comme irrationnel quand on se rend compte de la continuité qui existe au niveau physiologique, comme nous l'avons vu précédemment. Il n’empêche que court encore l’idée que les cerveaux d’homme et de femme seraient différents, dotés d’une pensée différente due à l’influence des hormones, hors influences sociales. Il est pourtant simple d’envisager que la différence de spécialisation des hémisphères du cerveau des hommes et des femmes serait une conséquence des rapports sociaux de sexe.


[1] ROUCH, (H), 2000, L’idée de sexuation, Sciences et Vie, 02/2000.

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Sexe Social - Fuck ton genre!

Le genre fait référence aux différences sociales entre les femmes et les hommes ; elles sont acquises, et peuvent présenter des variations tant à l'intérieur des cultures qu'entre elles.  C'est en quelque sorte l'identité sexuée sociale, il est souvent défini comme psychique, comme étant l'ensemble de traits, de comportement, de sentiments intimes, d'affinités pour certaines choses qui caractérisent une personne et participent à ce qui fait dire que cette personne se sent plus ou moins homme ou femme.

En fait, le genre social ou sexe social est la dimension de l’identité construite par l'environnement social des individus, c'est-à-dire la « masculinité » ou la « féminité », que l'on peut considérer non pas comme des données « naturelles », mais comme le résultat de mécanismes extrêmement forts de construction et de reproduction sociale, au travers de l'éducation.

Ces catégories sont artificiellement construites par la société, se basant sur le sexe biologique, et visant à imposer aux individus une éducation, un rôle social, des codes vestimentaires et un état civil (Monsieur ou Madame, prénom « garçon » ou « fille », numéro de Sécurité Sociale en 1 ou 2, mention du sexe sur la Carte Nationale d'Identité, etc.) différents selon que l'on soit né-e avec un pénis ou née avec un vagin.

Le genre d’une personne est donc, en somme, ce que la société ou la culture attend de nous selon que nous soyons de sexe biologique homme ou femme. « Le genre est l'organisation sociale de la différence sexuelle. Il ne reflète pas la réalité biologique première, mais il construit le sens de cette réalité »[1]

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La construction sociale du genre se fait dès la naissance, et « avant même, en raison de la pratique de l'échographie qui se répand et permet aux gens de décorer la chambre du fœtus et de lui parler au féminin ou au masculin alors qu'il a  à peine la taille d'un rat. »[3]

Inconsciemment, l'adulte de par sa construction sociale intégrée va se comporter différemment avec l'enfant selon qu'il est de sexe biologique féminin ou masculin, et ainsi parce qu'on lui prête comme naturels des fonctions, attributions, sentiments, rôles, etc. qui en fait ne le sont pas, on va construire l'enfant selon l'orientation d'un naturel inexistant.

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Il existe de nombreux clichés quant au désir de plaire, la propreté, la douceur… des petites filles, ou la vivacité, l’agressivité, la débrouillardise… des petits garçons. En fait, Irène Lézine dans son ouvrage sur le développement psychologique de la première enfance[5] met en évidence qu'une petite fille turbulente, très agitée et énergique, se transforme en petite fille inhibée et maniaque sous l'influence de la colère de sa mère lui refusant un comportement peu digne d’une fille à ses yeux. La petite fille comprend alors ce qu'on attend d'elle et se replie donc sur des activités plus calmes qui, si elles canalisent son énergie, ne parviennent pas à la libérer d'un état anxieux aigu, que l'enfant va tenter de contenir en se construisant des rituels rassurants.

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Et combien de petits garçons subissent une répression similaire afin de leur apprendre le contrôle des sentiments (« un petit garçon ne pleure pas »), la domination que conférerait leur statut biologique (« ne te laisse pas faire »). C’est ainsi que dès ses premiers pas dans la vie, l’enfant est guidé vers les valeurs dominantes de son sexe biologique, et que l’intégration des stéréotypes masculins et féminins se fait.

Que ce soit au sein de la famille, à la crèche, à l'école, par les jouets, les histoires, les couleurs de vêtements, le langage, l'éducation seront vecteurs de valeurs dont la spécificité sexuelle est extrêmement marquée. 


 

[1] SCOTT, (J. W.), La citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l'homme, Paris, Albin Michel, 1998, 286 p. (traduction française de Only Paradoxes to Offer. French Feminists and the Rights of Man, Harvard University Press, 1996, 229 p.).   

[2] FAUSTO-STERLING, (A), 2000, Sexing the body : gender politics and the construction of sexuality,New York, Basic Books, 488 p, p.3.

[3] GUILBERT, (G-C), 2004, C'est pour un garçon ou pour une fille? La dictature du Genre, Autrement, Frontières, Paris, 117 p., p.13.

[4] PIROULI, Construction des genres et domination masculine - No Pasaran - http://nopasaran.samizdat.net/index.php?option=com_content&task=view&id=260&Itemid=42

[5] LEZINE, (I), 1971, Le développement psychologique de la première enfance, PUF éd., Paris, 1965, 162 p.

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Orientation sexuelle - You fuck my wife?!

« Dans son acception la plus large, le terme "orientation sexuelle" désigne le désir affectif et sexuel, l’attirance érotique, qui peut porter sur les personnes du même sexe (homosexualité, sur celles du sexe opposé (hétérosexualité) ou indistinctement sur l’un ou l’autre sexe (bisexualité). »[1]  

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Une fois que l'on a en quelque sorte coupé les individus en deux, on leur dit que, pour leur vie amoureuse, ils doivent retrouver leur moitié, celle-ci étant du sexe « opposé ».

L’hétérosexualité est la norme, les individus en sont imprégnés depuis toujours, c'est ce qu'on appelle l'hétéronormalité*. En revanche il ne faut pas occulter qu'affirmer l'existence d'une orientation sexuelle, c'est supposer qu'il puisse y en avoir d'autres que l'hétérosexualité.


 

[1] BORRILLO (D), 2003, Orientation Sexuelle, dans D. Eribon (dir.), Dictionnaire des cultures gay et lesbienne, Paris, Larousse, 548 p. p.346.

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Constructionnisme* et déconstruction Queer

Sexe biologique et sexe social sont donc deux dimensions bien différentes, elles vont constituer pour part l'identité de l'individu, mais dans notre société on tend encore bien trop souvent à confondre, imbriquer ces deux notions, à vouloir conférer de la nature, là où il n'y a en fait que de la construction sociale. A user de naturalisme ou d’essentialisme là où il faudrait plutôt adopter une optique constructiviste.
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Selon Simone de Beauvoir: « On ne naît pas femme, on le devient »[1] sous l'influence de l'éducation patriarcale. Certains, tel Bourdieu, estiment que cela est également vrai pour les hommes, par une phrase clé qui mettrait en lumière La domination masculine, « On ne naît pas homme, on le devient »[2], et c'est à travers toute une éducation, composée de rituels d'intégration de la norme masculine, que se façonne l'identité masculine, et que l'homme assure dans la société une fonction de reproduction de la domination. Domination qui s’opère alors de l’homme sur la femme.
En effet, ce système sexué de répartition aboutit souvent à une série d'inégalités injustifiées entre les hommes et les femmes et nous est inculqué dès la naissance. Or, si l'on parle de « construction sociale », c'est bien pour signifier que tout cela n'a rien de « naturel » comme cela pourrait apparaître à première vue. Cela implique aussi qu'on peut « dé-construire » ce système, pour trouver un autre modèle, plus adapté à l'époque actuelle, aux demandes et aux réalités actuelles des femmes et des hommes dans un cheminement vers un projet de démocratie renouvelée et beaucoup plus égalitaire.
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D’où la nécessité pour certains de déconstruire les catégories de genre, d’enfin dépasser les oppositions binaires « homme / femme », « homo / hétéro » relevant d’un essentialisme dangereux, auquel on peut faire dire ce que l’on veut pour justifier une domination. Ainsi, il ne s’agit plus de lutter contre l’hétéropatriarcat dans une vision de bataille des femmes contre l’oppression des hommes, mais bel et bien de lutter contre les normes de genre. Butler[4] parle du caractère performatif* du genre ; ce genre que l’on apprend à force de le répéter. Dans son angle d’approche de la théorie queer, Butler est moins tranchante que certains autres théoriciens du queer, car elle ne prône pas le refus total des catégories de l’identité, mais une vigilance critique.
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[1] DE BEAUVOIR, (S), 1976, Le deuxième sexe, Paris, Gallimard, 663 p. p. 13.

 

[2] BOURDIEU, (P), 1998, La domination masculine, Paris, Seuil, 168 p.

 

[3] PIROULI, « Construction des genres et domination masculine » - No Pasaran - http://nopasaran.samizdat.net/index.php?option=com_content&task=view&id=260&Itemid=42

 

[4] BUTLER, (J), Op. cit.

 

 

[5] BOURCIER, (MH), 2004, Post-gay, la politique queer débarque ! Supplément « Spécial Queer », Lettres françaises L’Humanité, 19 septembre 2004.

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Genderisation* des lesbiennes : butchs* vs fems*

La séparation binaire des sexes est l’archétype de toutes les séparations, luttes de pouvoir et hiérarchisations que l’on observe partout. Après les hommes et les femmes, sont venues toutes sortes d’autres séparations, plus ou moins complexes, qui se ramifient à l’infini. Très vite vient la séparation en classes d'orientations sexuelles, puis les classes d’âge, puis les classes sociales, les appartenances ethniques ou religieuses.
Mais en ce qui concerne la construction sociale du sexe, elle a au moins deux conséquences qui vont nous intéresser dans cette étude : la première est liée à la domination par le masculin qu'elle engendre. La seconde concerne  l’incitation à la  norme sexuelle qu'elle suppose par la présomption d'hétérosexualité pour tout individu à sa naissance dans une société hétéro-normée qui définit ce qui est bien ou mal, normal ou non. Qu'elle soit tolérée, encouragée, réprimée, stigmatisée, l'homosexualité n'est jamais ignorée car elle n'est pas normale : « elle n'est pas dans la norme ».
La binarité de la catégorisation sexe/genre a aussi des répercussions évidentes sur la représentation qui est faite de l’homosexualité et que se font aussi les homosexuels d’eux-mêmes. J’en veux pour preuve, la division binaire fems/butchs que l’on trouve chez les lesbiennes et qui voudrait que seuls deux genres de lesbiennes co-existent, souvent on schématise comme étant masculines les butchs et féminines , les fems…  
J’avancerai une définition qui me parait plus juste en considérant qu’une butch est une personne de sexe biologique femme, d’identité homosexuelle, qui n'adopte pas le genre dit « féminin » (marqué comme tel par la société selon des codes socioculturels d'apparence qui sont propres à chaque société) qu'on présuppose normal d'adopter pour une femme. Alors évidemment, par le biais du piège du système binaire de notre société patriarcale qui amalgame sexe biologique et sexe social (genre) et qui ne reconnaît que deux sexes et deux genres, si on n'adopte pas les codes dits « féminins » on est donc supposé adopter les codes dits « masculins »... Ces codes sont liés à l'apparence, au look, physique, accessoires, vêtements, attitudes, mais aussi au comportement, goûts, hobbys, etc.
Les butchs s'autorisant le droit de refuser d'adopter le genre qu'on leur impose sont dès lors considérées comme subversives. Par opposition, les fems, supposées être « féminines » sont plus invisibilisées par la société puisque moins dérangeantes.
Il ne faut pas confondre butchs* et drag-kings*. Ces dernières sont des « personnes de sexe biologique féminin qui se transforment et déclinent leur genre au masculin »[1]

 



 

[1] LEBOVICI, (E), 2003, Drag-king, dans L-G. Tin (dir.), Dictionnaire de l'homophobie, Paris, Presses Universitaires de France, 451 p. p.209 – p.158

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« Gender Trouble » versus Hétérosexisme

L'identité sexuelle n'est intrinsèquement liée à aucune de ces dimensions et une dysphorie* du genre n'implique pas forcément un « trouble » de l'identité sexuelle.
Quant à la division binaire et la hiérarchie qu'elle suppose, il n'est plus à prouver qu'on la trouve autant dans le binôme homme / femme que dans le binôme hétéro / homo.
Comme l'explique Louis Georges Tin « l'hétérosexisme semble garantir à l'individu masculin qui y consent la maîtrise du monde social, à condition qu'il accepte de prouver dès son plus jeune age, et pendant toute sa vie, démonstration exigeante et épuisante, comme l'a bien montré Elisabeth Badinter, qu'il n'est ni un bébé, ni une fille, ni enfin un "pédé". »[1]

D'ailleurs, pour preuve de l'anormalité de tout ce qui n'est pas hétérosexualité, hétéronormalité et hétéronormativité, longtemps seuls ont été nommés sous diverses appellations les homosexuels en opposition aux « normaux » hétérosexuels qui n’avaient eux, pas besoin de désignation spéciale. Il en va de même de l'appellation transgenre, qui fut longtemps opposée à normal, jusqu'à ce que l'on crée la dénomination cisgenre*.
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L'essentiel est en tout cas de comprendre que sexe, genre et orientation sexuelle ne sont pas forcément liés entre eux et peuvent fortement diverger mais forment néanmoins tous ensemble l’identité sexuelle.
En effet, l’identité sexuelle est la somme de toutes ces données, elle comprend sexe biologique, genre et orientation sexuelle. On peut être cisgenre et hétérosexuel/le, cisgenre et homosexuel/le, cisgenre et bisexuel/le, transgenre et hétérosexuel/le, transgenre et homosexuel/le, transgenre et bisexuel/le, et dans tous ces cas-là, le sens qu'on donne à ces termes dépend plus de la façon dont on se perçoit soi-même que de critères scientifiquement vérifiables.
Comment qualifier une personne transgenre de sexe mâle, de genre féminin, et sexuellement attirée par les femmes ? Son corps est mâle : est-elle donc un homme hétérosexuel ?
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Rien n'étant défini en lien, l'identification d'un genre ne peut pas permettre de supposer l'identité sexuelle, pourtant, la caricature homosexuelle est complètement fondée dans ce moule, et longtemps les homosexuels n'ont été représentés que par la caricature, l'exacerbation du genre opposé au sexe.

La « Zaza Napoli » de Michel Serrault dans La Cage aux Folles [2] en est la démonstration la plus marquante, l'homosexuel est ici caricaturé par une personne de sexe biologique homme et de genre féminin.
Une catégorisation caricaturale dont on peut se demander si elle n’est pas surtout rassurante pour l’homme-blanc-straight*… On pourra s'interroger aussi sur la nécessité selon les époques et/ou le sexe de s'accrocher à cette dysphorie ou non du genre... La plupart des clichés sur l'homosexualité étant engendrée par cet amalgame et cette confusion faite entre les trois notions de sexe, genre et orientation sexuelle, il m’apparaissait important d’y consacrer une partie de ce mémoire. 


 

[1] TIN (LG), 2003, Hétérosexisme, dans L-G. Tin (dir.), Dictionnaire de l'homophobie, Paris, Presses Universitaires de France, 451 p. p.209 – 210

[2] La Cage Aux Folles, Pièce de théâtre : de Jean Poiret, 1973 au Théâtre du Palais-Royal; Film réalisé par Edouard Molinaro - avec Michel Serrault, Ugo Tognazzi, Michel Galabru, Claire Maurier France - Italie, 1978 - 103 mn

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La fiction : ses ressorts et ses contingences

Depuis l'instauration de quotas de programmes français sur les chaînes nationales et la naissance des chaînes cryptées, le paysage audiovisuel s'est vu transformé. La fiction écrite pour la télévision remplace de plus en plus la diffusion de films de cinéma sur nos petits écrans. Téléfilms, séries, feuilletons, la fiction dans tous ses états est en large compétition avec la réalité, la fameuse télé-réalité de Loft Story et consorts…

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Les programmes ont changé car le public a changé, avec la démocratisation de la télévision, entre 1960 et 1970. La fiction est alors devenue un vecteur de messages, un outil d’information. Et du film cinéma précédant Les Dossiers de l’Écran, et ouvrant le débat, on est passé au téléfilm abordant un fait de société et incitant, en soi, à la réflexion. C’est ainsi que dès les années 1990, les chaînes de télé ont décidé de consacrer certaines soirées en prime time (heure de grande écoute, aux alentours de 20h50 selon les chaînes) à la fiction.

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[1] TF1, en tant que chaîne de télévision privée, à l’instar du plus grand nombre de chaînes télé en France, ne vit que des revenus de la publicité, qui sont d’autant plus élevés que la chaîne est regardée.

 

[2] Dossier - Scenario-mag.com http://www.scenario-mag.com

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La série-télé : quand le genre mineur prend du galon

Les séries télés se sont vite installées sur nos écrans tricolores, elles furent pour la plus grande majorité, dès les années 70, - et le sont encore - états-uniennes. Des premières séries de l'ORTF aux séries d'aujourd'hui, le genre est passé de « la popularité à l'opprobre, de l'admiration au mépris » comme le dit Martin Winckler[1].
Avant l’instauration de quotas sur le nombre minima de programmes français[2], la culture télévisée française se trouvait calquée sur la culture des Etats-Unis. Ces quotas sont établis à un seuil minimum de 40% pour les œuvres d'expression originale française tant sur le volume que par catégories d'émissions, soit 40% de longs métrages, 40% de fictions télé et 40% de la programmation destinée à l'heure de grande écoute.
Les premières séries et feuilletons pour lesquels  la France s’est montré prolixe ont toujours été policières. Maigret[3],Les 5 dernières minutes[4], avant Navarro[5], Julie Lescaut[6] et consorts se sont frottés aux Drôles de Dames[7], à Magnum[8], Chips[9], Les Rues de San Francisco[10], Columbo[11], etc…
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Évidemment, ce n'est pas au cours de ces sagas, aux ressorts ancestraux que des débats de société sont clairement abordés, ce n'est pas le lieu. Pourtant, il est à noter et à saluer la saga de l’été de France 2, cuvée 2005, 3 femmes un soir d’été[16], abordant la transsexualité d’une de ses héroïnes qui fut d’abord un héros violé par ses équipiers de rugby en pays gersois ! On ne peut pas non plus oublier de citer Une famille formidable[17], saga à succès durant plusieurs années qui suit l’évolution d’une famille dont le fils est homosexuel. Fils que l’on a accompagné dans sa découverte de l’homosexualité, de son coming-out* pour le suivre dans sa vie d’adulte.

La série télévisée est un genre télévisuel du domaine de la fiction, proche du feuilleton, mais qui en diffère par quelques points. En effet, la série n’est pas une histoire découpée en épisodes. La série a pour principe de base de produire à chaque épisode une histoire compréhensible par elle-même.
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La série télévisée prend de plus en plus de place sur nos écrans comme genre de fiction, parce qu'elle permet deux choses : d'une part, une accroche possible à n'importe quel épisode, d'autre part, une mise en suspens d'une trame longue qui incite le téléspectateur à revenir voir la suite. Un épisode seul peut remplacer un téléfilm court de série B, la série dans son entier permet aux spectateurs d'avoir des héros qu'ils retrouvent et de participer à un monde en évolution.

De Dynastie[20] à Six Feet Under[21], tous les publics ont leur série culte, toutes les classes d'âge, de sexe et sociales sont ciblées. « La relation que les téléspectateurs entretiennent avec le petit écran est faite d'habitudes, de rituels, de régularité. Le feuilleton et la série permettent de jalonner la journée ou la semaine d'une suite de rendez-vous réguliers avec le public et d'introduire ainsi un ordre dans le flux télévisuel. »[22]

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Les critiques de ce genre de divertissement soulignent que la série TV n'est qu'un moyen de plus d'asservir le citoyen lambda. L'objectif étant de le « scotcher » devant son téléviseur par des moyens déloyaux : l'accroche scénaristique et l'histoire sans fin grâce aux techniques modernes de réalisation. Les séries télévisées comportent des séquences à fort suspense permettant d'insérer une publicité qui sera regardée par le spectateur sous dépendance télévisuelle (ou TV-addict en anglais), car il ne veut pour rien au monde rater la reprise de l'épisode et le dénouement du suspense. Pour ce faire tous les moyens sont bons et souvent les séries se munissent de plusieurs ingrédients (humour, amour, intrigue, complot, trahison, onirisme, beauté, argent, « monde parfait », drames, etc.) pour fidéliser leur public.

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Il est intéressant de s'interroger sur les raisons de la domination du genre par les Etats-Unis, comme l'explique Martin Winckler, les séries états-uniennes « repoussent sans cesse les limites du genre. Parce qu’elles sont faites par des personnes qui ont grandi avec la télé et qui sont fières d’y travailler car - grand avantage aux États-Unis - celle-ci n’est pas considérée comme un art mineur. Elles ont vu les séries d’il y a vingt ans, les ont aimées et veulent faire mieux. Et on leur en donne les moyens ! Parce qu’il faut que le public regarde.» [45]

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C'est pour toutes ces raisons que le public adepte de fictions se tourne naturellement vers le câble et les chaînes à péage, plus audacieux et moins censeurs. D'ailleurs, concernant les programmes gays, il est évident que Canal + a ouvert la voie (dès juin 1995, avec sa Nuit Gay les veilles de Gay Pride), permettant ainsi à une chaîne comme Pink TV de voir le jour, car les éventuels partenaires financiers n'ont pu que constater l'audience des programmes gays diffusés sur Canal. Ce n'est pas pour rien que ce sont ces deux chaînes qui, en parallèle, diffusent The L Word dès juin 2005.


 

[1] WINCKLER, (M), 2005, Séries télé, Paris, Librio, Repères, 125 p., p10.

[2] Aux termes de l'article 27 de la loi du 30 septembre 1986 modifiée et des articles 7, 13 et 14 du décret n°90-66 modifié, les chaînes sont tenues de diffuser au moins 60 % d'œuvres cinématographiques et 60 % d'œuvres audiovisuelles européennes d'une part, au moins 40 % d'œuvres cinématographiques et 40 % d'œuvres audiovisuelles d'expression originale française d'autre part. Ces proportions doivent être atteintes tant sur l'ensemble de la diffusion qu'aux heures de grande écoute.

[3] Maigret, France, 1967-1990 & 1991 –  

[4] Les Cinq Dernières Minutes, France, 1974-1975, 1975 – 1996.

[5] Navarro, France, 1989 –  

[6] Julie Lescaut, France, 1992 –  

[7] Charlie's Angels, E-U, 1976 – 1981.

[8] Magnum P.I., E-U, 1980 – 1988.

[9] Chips, E-U, 1977 – 1983.

[10] The Streets of San Francisco, E-U, 1972 – 1977.

[11] Columbo, E-U, 1968 - 1978 & 1989 –  

[12] Les Cœurs Brûlés, France, 1992.

[13] Terre Indigo, France, 1996.

[14] Le Bleu de l’Océan, France, 2003.

[15] Le Miroir de l’Eau, France, 2004

[16] 3 Femmes un Soir d’Eté, France, 2005.

[17] Une famille formidable, France, 1992, 1994, 1996, 2000, 2002, 2006, …

[18] Buffy, the Vampire Slayer, E-U, 1996-2003.

[19] The X-Files, E-U, 1993 – 2001.

[20] Dynastie, E-U, 1981 - 1989

[21] Six Feet Under, E-U, 2001-  

[22] CHANIAC, (R), Les feuilletons et les séries, une forme privilégiée de la télévision, Cahiers du Comité d'histoire de la télévision, n°5, décembre 2001.

[23] Ally MacBeal, E-U, 1997 -2002.

[24] Bonanza, E-U, 1959 – 1973.

[25] Wild Wild West, E-U, 1965 – 1969.

[26] Star Trek, E-U, 1966 – ce jour (différentes versions)

[27] The Fugitive, E-U, 1963 - 1966

[28] The Man from U.N.C.L.E., E-U, 1964 – 1968.

[29] Mission : Impossible, E-U, 1966 – 1973.

  [30] Starsky & Huch, E-U, 1975 – 1979.

[31] Miami Vice, E-U, 1984 – 1989.

[32] Moonlighting, E-U, 1985 – 1989.

[33] Sex and the City, E-U, 1998 - 2004

[34] Emergency Room / ER, E-U, 1994 –  

[35] Queer as Folk, version G-B : 1999 – 2000 , version E-U : 2000 – …

[36] Friends, USA, 1994 – 2004.

[37] My so-called life, E-U, 1993 – 1994.

[38] Dawson's Creek, E-U, 1998 – 2003.

[39] Once and Again, E-U, 1999 – 2002.

[40] 24, E-U, 2001 – 

[41] The Sopranos, E-U, 1999 – 

[42] C.S.I.: Crime Scene Investigation, E-U, 2000 - 200...

[43] Without a Trace, E-U, 2002 - 200...

[44] Dead like me, E-U, 2003-200...

[45] WINCKLER, (M), 2005, « On est les plus mauvais d’Europe », Fiction. Regard engagé à travers la fiction sur la télé, la radio et Internet, L'Humanité, édition du 26 février 2005.

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Premiers pas roses à la télé

Autrefois, de l’origine de la télé aux premiers balbutiements de la télé couleur, pour parler d’un sujet sérieux ou grave, des journalistes animaient une émission dans un décor austère et réunissaient des sommités dans le domaine choisi. L’émission Les dossiers de l’écran est une référence du genre, et par exemple, une première fois en 1975, pour aborder l’homosexualité, son présentateur recevait Jean-Louis Bory afin d'aborder ce « douloureux problème » selon la formule consacrée par Ménie Grégoire au cours de son émission radio[1].
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L’émission n’aura d’autre intérêt que d’avoir abordé le sujet et d’avoir permis à Jean-Louis Bory de faire une déclaration qui est entrée dans l'histoire de la représentation homosexuelle à la télévision : « Il y a une réalité homosexuelle et si je suis là, c’est parce que l’homosexualité existe. Je n’avoue pas que je suis homosexuel, parce ce que je n’en ai pas honte. Je ne me proclame pas homosexuel, parce ce que je n’en suis pas fier. Je dis que je suis homosexuel parce que cela est ».
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Dans les années 1970, on parle de l'homosexualité à la télé, mais pas forcément de manière flatteuse, « la folle » est encore le cliché le plus utilisé mais le débat est enfin ouvert.  Cependant, la visibilité lesbienne est encore très insignifiante et il faut attendre 1977, pour qu'Elula Perrin, suite à la parution de Les femmes préfèrent les femmes[3] soit invitée à l’émission L’huile sur le feu de Philippe Bouvard. Là, elle « défend » et assume la cause lesbienne contre tous les clichés machistes et misogynes qui lui sont opposés suscitant un retentissement positif dans la presse du lendemain (notamment Claude Sarraute dans Le Monde).

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En 1983, la France découvre le Sida, on ne sait pas encore grand chose à cette époque, mais 7 sur 7 (première version présenté par J. Lanzi) parle du « cancer homosexuel ». La communauté homosexuelle est affreusement touchée par le SIDA, les gays culpabilisent. Retour aux visages cachés, au tabou. La télé des années 83/85 fera d'énormes dégâts dans l'image qu'elle donnera des gays. La sympathique « folle » des années 1970 devient un individu aux mœurs et mode de vie pervers. Coupable et victime...
Les gays sont « persona non grata » sur le petit écran et il en va toujours de même pour les lesbiennes…
Les années 1990 vont voir les lesbiennes entrer timidement dans la petite lucarne par le biais d'émissions de Mireille Dumas et Jean-Luc Delarue.
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Cette production de films ayant l’homosexualité pour sujet s'accompagne d'une diffusion à heure de grande écoute, le sacro saint prime-time*. C'est une véritable avancée des mentalités à laquelle le débat sur le PaCS a largement contribué, maintenant les gays, considérés comme une cible, sont aussi bienvenus à la télé pour doper l'audience. Les gays, oui… mais les lesbiennes…? Aussi, dès qu’il s’agit de parler de famille, enfants, plus consensuel en cette matière, le couple lesbien donnerait une image positive de l’homoparentalité.


 

[1] L'Homosexualité, ce douloureux problème - 10 mars 1971 – présenté par Ménie Grégoire en direct de la salle Pleyel à Paris - Emission qui fut, malgré elle un des actes fondateurs du mouvement homosexuel militant français. C'est en effet dans sa foulée que s'est fondé le FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire), en gestation depuis 1968.
[2]  Les Amitiés particulières, de Jean Delannoy, avec Michel Bouquet, Didier Haudepin, Louis Seigner, 1964, 1h 40.

[3]  PERRIN, (E), 1977, Les femmes préfèrent les femmes, Paris, Ramsay.

[4] Tous les papas ne font pas pipi debout, de Dominique Baron, avec Natacha Lindinger, Carole Richert, Marina Vlady, Corentin Mardaga, 1998, 1h30. 

[5] Juste une question d'amour, de Christian Faure, avec Cyrille Thouvenin, Stéphan Guérin-Tillié, Eva Darlan, 2000, 1h28

[6] Des parents pas comme les autres, de Laurence Katrian, avec Louise Monot, Élisabeth Bourgine, Lucas Bonnifait, 2001, 1h30.

[7] L’Instit, France, 1993 - …

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L'apprentissage du décryptage

Pour comprendre la pauvreté de représentations de l'homosexualité tant masculine que féminine à la télévision, il faut jeter un œil au cinéma qui fut longtemps la source fictionnelle privilégiée du petit écran.
L'excellent film The Celluloid Closet[1] nous montre même un extrait de film expérimental réalisé par Thomas Edison en 1895 dans lequel deux hommes dansent ensemble. Une image rare pour nos yeux d'aujourd'hui si imprégnés de la politique Hollywoodienne des années 1930 à la fin des années 1960...

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« Les homosexuel/les ont une longue tradition de décryptage. L'habitude de capter un regard, un geste, une allusion fugitive qui dirait peut être… L'habitude de guetter les sous-entendus… Toute une quête qui mime le décryptage que la clandestinité impose. »[3]

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Pourtant le cryptolesbien* et le cryptogai[4] ne disparaissent pas, les allusions continuent en subtext* d'un côté de l'écran et le décryptage de l'autre côté!

Alors des générations de lesbiennes cinéphiles et téléphiles ont décelé des allusions saphiques là où nul autre n'aurait pu les imaginer… Ces trouvailles étaient à la mesure des efforts de recherche, du besoin d’identification, de représentation que ressent tout un chacun et qui fait trop souvent défaut aux « minorités » que l’on néglige de représenter, les privant en quelque sorte du droit d’exister, en leur confisquant le droit à l’image. Sinon comment expliquer que Thelma et Louise[5] Beignets de Tomates Vertes[6] perçues comme de très belles histoires d'amitié par la majorité des spectateurs, aient trouvé leur place dans les rayons vidéo des librairies homosexuelles, mis à par le fait qu'elles représentent des symboles forts d'autonomie féminine?
A la télé, on s'en est aussi longtemps tenu à ce décryptage pour trouver chez Wonderwoman un comportement d'amazone faisant d'elle une icône de la culture gaie et lesbienne.
 

Longtemps, les lesbiennes ont chassé, pisté, traqué le moindre soupçon de lesbianisme à la télé pour trouver en cette lucarne magique le reflet de ce qu’est supposé être notre société! Quid de ces 5 à 10 % présumés d'homosexuels dans le monde sur les milliards de points luminescents de mon écran télé? Impossible que ces 5 à 10% de la population soient à ce point absents d'une lucarne censée refléter le monde…


[1] The Celluloid Closet, de Robert Epstein & Jeffrey Freidman avec Lily Tomlin, Tony Curtis, Susan Sarandon – G-B, F, A, E-U, 1995, 1h 41.

[2] Ben-Hur, de William Wyler, avec Charlton Heston, Jack Hawkins, Stephen Boyd, 1959, E-U, 1h52.

[3] RAMBACH, (A&M) La culture gaie et lesbienne, 2003, Fayard, Paris, 421 p., p.344-345.

[4] Ibidem, p.343

[5] Thelma et Louise, de Ridley Scott, avec Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, E-U, 1991, 2h09.

[6] Beignets de Tomates Vertes, de Jon Avnet, avec Jessica Tandy, Mary Stuart Masterson, Kathy Bates, E-U, 1991, 2h10.

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